Comme je vous le disais dans mon court billet de dimanche « Mon Blog en 2025 », je souhaite reprendre du service par ici cette année et partager plus d’articles que l’année dernière. Et pour commencer sur cette bonne résolution, je voulais vous présenter l’exposition de Corinne Vionnet, Écran Total, que j’ai eu la chance de découvrir en avant première. Celle-ci est ouverte depuis le 1er février et jusqu’au 4 mai 2025.
Le Musée de Pont-Aven
Je vous l’ai déjà présenté à de nombreuses reprises mais, alors que le musée s’apprête à fêter ses 40 ans d’existence, voici un petit rappel. Située sur la commune de Pont-Aven, le musée a été inauguré officiellement le 29 juin 1985. Il s’agit d’un musée communautaire, sous tutelle de la CCA (Concarneau Communauté d’Agglomération).


Chaque année, le musée présente au public 2 expositions temporaires, en plus de sa collection permanente riche de nombreux joyaux de l’école de Pont-Aven. Il faut dire que la ville a accueilli de nombreux artistes-peintre dont Gauguin et ses amis. Attachée à la place des femmes dans l’art, Sophie Kervran, la directrice et conservatrice en chef du musée, fait en sorte de présenter des expositions d’artistes femmes ou de toujours relier le sujet aux femmes (comme dans l’exposition Femmes chez les Nabis en 2024).
J’allais régulièrement au Musée de Pont-Aven quand j’étais plus jeune (notamment avec mon grand-père paternel) mais je dois dire que le nouveau musée ouvert en 2016 n’a plus rien à voir en termes de confort de visite. J’ai pris plaisir à le redécouvrir il y a quelques années et c’est toujours avec beaucoup d’impatience que je découvre les expositions temporaires chaque année.
Corinne Vionnet, écran total
Cette nouvelle exposition Corinne Vionnet Écran Total ne fait pas exception. J’ai eu la chance de la découvrir avec la presse locale juste avant son ouverture officielle samedi 1er février. Et je préfère vous le dire tout de suite, j’ai ADORÉ ! Il y a le sujet d’abord qui m’a interpellée mais aussi l’art en lui même c’est à dire la façon de traiter ce sujet. Laissez-moi vous en dire un peu plus …
Quelques informations sur l’artiste, Corinne Vionnet
Assez rare pour être souligné, c’est une artiste contemporaine qui est exposée au Musée de Pont-Aven pour cette première exposition temporaire 2025. Et ça fait plaisir ! D’ailleurs, lors de ma visite, elle était présente pour nous expliquer ses oeuvres, son cheminement, ses questionnements. Cela enrichit significativement la visite.
Corinne Vionnet est une artiste Suisse née en 1969. Ses oeuvres font partie des collections de plusieurs musées à travers le monde comme le SF MOMA de San Francisco (USA), le Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse) ou encore le Musée Carnavalet à Paris (France) et d’autres encore. Je ne suis pas du tout une spécialiste en art mais son approche m’a parue vraiment différente et a attiré mon attention…

Mais avant de vous en dire un peu plus, voici comment elle nous a raconté les débuts de son art. Corinne Vionnet est partie en Italie avec son mari en 2005, à Pise plus exactement. Comme tout les touristes présents dans la ville, elle ne peut s’empêcher d’aller voir la Tour de Pise et de la photographier. C’est alors que s’enclenche un questionnement sur la photographie et le tourisme.
La photographie et le tourisme
Corinne Vionnet réalise alors que les gens prennent tous la même photo de la Tour de Pise. À peu de choses prêt, tous ont le même cadrage. Une rapide recherche sur Internet le lui confirme. Elle a en face d’elle une collection d’images qui se ressemblent étrangement. Ce point de départ la pousse à se questionner sur l’interêt de la photographie, de son partage. Pourquoi prenons-nous tous la même photo, depuis le même point de vue ? Pourquoi partageons-nous ces photos ? En 2005 il y avait déjà de nombreuses photos disponibles en ligne mais cela n’a fait qu’augmenter avec les réseaux sociaux.
D’ailleurs, l’artiste se rend compte qu’elle « connait » des lieux sans jamais y avoir mis les pieds. Juste parce qu’elle a vu de nombreuses photographies similaires d’un même lieu. Evidemment tous ces questionnements font écho à ce que je fais de mon côté. Après tout, ce blog (comme mon compte Instagram) sont alimentés grâce à mes photos et mes découvertes. Ces découvertes je les prépare en regardant les photos des autres ou en faisant des recherches sur les lieux que je souhaite visiter. Et je n’ai aucunement la prétention de faire mieux ou différemment des autres. Vous trouverez ici des photos qui sont sans doute très similaires à des millions d’autres, prises avant ou après la mienne. Alors … Quel intérêt ?
Les questionnements
Et bien sans jugement et sans aucun sous-entendu moralisateur, Corinne Vionnet nous encourage à nous poser ces questions. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Juste une vraie interrogation selon moi ! Et croyez-moi ça travaille dans ma tête depuis que je suis sortie de l’exposition. Parce que parfois je prends mon temps pour faire mes photos et d’autres fois c’est un peu automatique, toujours depuis le même endroit. Pourtant j’aime les deux façons de faire.
Pour moi la photographie c’est le souvenir. Mais quand on pense à grande échelle (ou même à l’échelle des milliers de photos que je stocke), il y a de quoi se poser de vraies questions sur nos photos en elles-même mais aussi sur leur impact sur le tourisme de masse… Et est-ce que l’on profite toujours autant des lieux que l’on visite et que l’on photographie ? Est-ce que le téléphone ou l’appareil n’est pas un écran supplémentaire qui nous empêche d’observer et de profiter pleinement ? Le questionnement est infini et passionnant !
Les oeuvres de Corinne Vionnet
Tout cela m’amène à vous parler du processus créatif de Corinne Vionnet. Pour réaliser ses oeuvres, l’artiste fait dans un premier temps des recherches sur les lieux et les monuments les plus visités dans le monde. Une fois sa « cible » choisie, elle va parcourir internet et les réseaux sociaux à la recherche d’images de ce lieu.
C’est alors que commence un processus durant lequel elle visionne des centaines de milliers de photos, pour finir par en sélectionner une centaine (parfois plus) qu’elle va assembler comme un collage en transparence. Corinne Vionnet sélectionne des photos du même lieu présenté à différentes saisons, différentes heures du jour et de la nuit, avec plus ou moins de personnes, un ciel plus ou moins bleu, etc. Elle travaille avec des photographies qui ne sont donc pas les siennes mais celles de centaines d’amateurs.
Les photos ainsi choisies sont ensuite recadrées puis assemblées en transparence dans un logiciel de retouche photo, jusqu’à obtenir un collage numérique satisfaisant. Quand on est face aux oeuvres c’est assez saisissant ! Il y a à la fois une fusion temporelle (certaines images ont 80 ans d’écart), et une fusion de la mémoire. Elle crée sa propre vision d’une mémoire collective à travers ses oeuvres.



L’exposition présente également l’oeuvre Total Palm Tree qui fait réfléchir à l’usure de l’image. Pour cette oeuvre, Corinne Vionnet a utilisé un processus assez original. Elle commence par prendre une photo d’un palmier lors de ses vacances et se fait envoyer cette photo en carte postale imprimée grâce à une app. Une fois la carte reçue, elle la scanne puis se renvoie une carte de la nouvelle image. Et ainsi de suite jusqu’à collectionner 20 cartes et voir la transformation de l’image de base. Hyper intéressant !


mon avis sur l’exposition corrine vionnet écran total
Si vous avez lu jusqu’ici vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette exposition et j’ai été vraiment interpellée par les questionnements soulevés. Je risque fort d’y retourner pour m’imprègnerait encore plus du travail de Corinne Vionnet. Et cela me permettra également de poursuivre mes réflexions sur le sujet.
Si les thèmes évoqués ci-dessus vous parlent, je vous encourage à visiter cette exposition qui est ouverte jusqu’au 4 mai. Par ailleurs, si vous voulez aller plus loin, plusieurs animations sont prévues sur la période de l’exposition, pour les adultes comme les enfants. En voici quelques-unes mais vous pouvez retrouver le programme complet sur le site du musée:
- projection du documentaire « Sur le front : les réseaux sociaux vont-ils tuer le tourisme ? », présenté par Hugo Clément, chaque premier dimanche du mois
- atelier les petits créateurs pour les 6-11 ans (les 12 février et 9 avril à 15h)
- Philo afterwork le vendredi 25 avril à 18h
